2 avr. 2016

Progressivement, le goût de l'enfant se contruit...


Extrait du vidéo First Taste de Saatchi & Heckler

« Chacun ses goûts », « les goûts sont dans la nature »… vous avez sans doute déjà entendu ou utilisé ces expressions. Mais comment le goût se développe-t-il? Ces expressions ont-elles un fond de vérité?



Une préférence pour le sucré dès la naissance

Si dès leur naissance, les nourrissons sont capables d’identifier les saveurs, ils ont de manière innée une préférence pour le sucré et une aversion pour l’amer. Pas la peine de réfléchir si cela s’applique également à votre petit bout de chou : tous les nourrissons ont les mêmes réactions, quel que soit leur lieu de naissance. En fait, le nourrisson découvre la saveur sucrée bien avant de venir au monde. Alors qu’il est encore bien au chaud dans le ventre de sa mère, le fœtus avale le liquide amniotique. Sa saveur change selon ce que la mère mange, et il a été scientifiquement prouvé qu'il tête le liquide amniotique avec plus d'avidité lorsqu'il présente un goût sucré. Puis il retrouve la saveur sucrée à la naissance, dans le lait maternel réconfortant. 

Quant à l’amer, certains scientifiques ont avancé l’hypothèse que ce dégoût nous vient de nos lointains ancêtres du temps de la préhistoire, lorsque l’homme devait goûter les végétaux qui l’entouraient pour diversifier son alimentation et se méfier de leur éventuelle toxicité. Le rejet inné de l’amer serait donc un souvenir ancré dans nos gênes pour nous protéger d’un éventuel empoisonnement.



Sucré, salé, gras… les références du goût enfantin

D’autres études ont également démontré l’existence d’un « goût enfantin » caractérisé par un attrait pour le sucré, le gras, le salé, présentant une flaveur peu développée et une texture molle. Voilà qui vous explique pourquoi nos enfants sont autant attirés par les gâteaux, biscuits et autres biscuits apéritifs, hamburgers, poutines… n’est-ce pas?


Heureusement, il est prouvé que les goûts et les préférences alimentaires évoluent avec le temps et selon l’exposition aux différentes saveurs. C’est pourquoi il est important de continuer à proposer à nos enfants une variété d’aliments qui vont leur permettre d’élargir leur palette gustative et au final leur répertoire alimentaire, et ce même si l’essai se solde par un « j’aime pas! ». N’oublions pas qu’en pleine période de néophobie alimentaire, de 4 à 7 ans, les enfants sont plus conservateurs et rechignent à tester de nouveaux aliments. Mais ne baissons pas les bras trop vite : il faut compter au moins 7 expositions pour conclure si on aime ou pas un aliment. 



De l'influence, mais pas trop

À travers nos habitudes familiales, nous transmettons nos goûts à nos enfants. Il est normal que nous fassions découvrir à nos petits 
en priorité ce que nous nous aimons et que nous délaissions ce que nous n'apprécions pas. L'idéal serait d'aller au-delà de nos goûts personnels et de proposer à nos enfants des aliments que nous n'aimons pas pour qu'ils se forgent leurs propres avis gustatifs, mais c'est souvent plus facile à dire qu'à faire.
Sans aller jusqu'à préparer des aliments qui ne satisfont pas nos papilles, on peut rester neutres lorsqu'ils sont présentés à nos bambins lors de repas en dehors de la maison. Les repas pris au restaurant, chez les autres membres de la famille, les amis... constituent de formidables occasions de découvrir de nouvelles saveurs, de nouvelles façons d'apprêter des aliments qui sont tout autant des découvertes pour nos enfants que pour nous-mêmes, pour autant que l'on reste ouverts.

Essayons également de ne pas avoir d'a priori. Certains enfants nous surprennent à apprécier très tôt des aliments forts en goût comme le Roquefort, l'anchois ou l'oignon cru, tandis que d'autres s'en détournent. N'ayons pas peur de proposer et de laisser l'enfant goûter.


Le contexte de dégustation, facteur participant de l’appréciation

Le goût d’un aliment s’inscrit dans notre cerveau sous forme d’image sensorielle. Cette image se construit à partir de la combinaison de multiples éléments : la saveur perçue, l’émotion ressentie liée au goût, mais aussi au contexte de dégustation. L’aliment a-t-il été consommé dans une ambiance agréable, joyeuse, détendue? Ou plutôt dans une atmosphère conflictuelle et négative? C’est ainsi qu’apparaissent certains dégoûts pour des aliments qui sont repoussés, non pour leurs qualités gustatives, mais parce qu’associés à un mauvais souvenir. On aura donc plus de chances de faire apprécier de nouvelles saveurs à nos enfants en les plaçant dans un contexte chaleureux, festif, joyeux, convivial : tous ensemble réunis autour de la table, à discuter des bons moments de la journée, des succès ou des rêves de chacun, des projets familiaux à venir… Parce que manger doit être et rester un acte de plaisir et de convivialité.




Cuisiner pour développer le goût… et apprendre d’où viennent les aliments

L’un des nombreux intérêts de la cuisine est d’être au contact des produits qui vont être manipulés, transformés, sublimés pour au final composer un plat. C’est à travers cette expérience concrète que l’enfant apprend d’où viennent les aliments qu’il retrouve dans son assiette. Et quand on sait que 87% des enfants sont  incapables de reconnaître une betterave et qu'1/4 ne savent pas que les frites proviennent des pommes de terre*, on conclue aisément qu'il y a matière à amélioration!

La plupart des enfants sont spontanément attirés par la cuisine à un moment ou à un autre de leur jeune vie : tout comme les jeux auxquels ils sont exposés, les fruits et légumes sont colorés, de différentes formes et appellent à la manipulation. C’est le moment d’en profiter pour les initier à la cuisine : rincer les tomates, déchirer la salade, défaire les fleurons de brocolis… sont toutes des activités à la portée des plus jeunes. Puis, progressivement on peut passer à des tâches plus complexes, selon les capacités, les intérêts et les goûts des enfants. « On n’attire pas les mouches avec du vinaigre ! » avait coutume de dire ma grand-mère. Règle qui se confirme pour la cuisine. Si votre enfant, comme bon nombre de ses comparses, est attiré par la saveur sucrée, inutile de viser comme première recette un filet de saumon grillé sur son lit d’épinard! De la même manière qu’on le fait pour éveiller leur goût pour la lecture, la musique ou le sport, partez de ses préférences, puis proposez-lui au fur et à mesure d’aller plus loin, en réalisant d’autres types de recette qui vont lui permettre d’explorer de nouvelles saveurs. 


Votre enfant ne veut faire que des biscuits? Allez-y! Et, lorsque vous les dégustez, profitez-en pour vous interroger ensemble: trop gras, trop sucrés? En discutant ainsi de vos sensations gustatives, vous l’aiderez à affiner son répertoire du goût tout en développant son esprit critique. Vous pourrez alors annoter vos recettes préférées pour qu’elles correspondent encore plus à vos goûts. Car mêmes les recettes de nos chefs préférés sont parfois trop généreuses…



Pour aller plus loin:




*Étude de l'Association Santé Environnement France, 2013

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...